lefigaro.fr
Droit à l'information contre respect du scrutin, plusieurs acteurs du Net et des médias s'affrontent à propos de la divulgation de résultats avant la fermeture des bureaux de vote.
APRÈS la polémique sur les cinq cents parrainages, puis celle sur les règles du CSA, ce sont les dispositions encadrant les résultats du scrutin qui sont vivement remises en cause, notamment sur le Net.
L'étincelle qui a mis le feu à la blogosphère a été lancée jeudi dernier par Jean-Marc Morandini. Sur son blog, l'animateur d'Europe 1 et de Direct 8 annonce qu'il publiera avant 20 heures - probablement à 18 heures - des « rumeurs certifiées » sur les résultats du premier tour.
Aussitôt, le Web s'enflamme. Guy Birenbaum, éditeur et chroniqueur pour 20 Minutes et RTL, lui emboîte le pas. Daniel Schneidermann, journaliste à Libération et à France 5, condamne « ce nouveau moyen de polluer la démocratie ».
Des blogueurs moins introduits dans le milieu médiatique prennent aussi position. Versac, figure du milieu, lance ainsi une campagne contre l'initiative de Morandini. Pour donner plus de poids à son appel, il propose un logo représentant un haut-parleur barré, avec ce slogan : « Avant 20 heures, pas de résultats. »
Le blason est repris par plus de 70 sites, mais les tenants du « 18 heures » n'en démordent pas. Jean-Marc Morandini se défend de tout « coup de pub » et explique qu'il veut « ouvrir le débat » sur « l'hypocrisie » des lois qui permettent à des internautes français de consulter les résultats sur les sites Internet de médias étrangers.
« On ne va pas se gêner », déclare en substance La Libre Belgique sur son site, en s'amusant de ce débat « kafkaïen ».
Amendes dissuasives
Les partisans de l'embargo expliquent que Morandini et Birenbaum ne sont pas de « vrais blogueurs », mais avant tout des figures médiatiques qui abusent de leur position.
Dans cette cacophonie, les autorités ont du mal à se faire entendre. La Commission de contrôle de la campagne et le Forum de l'Internet ont publié un communiqué rappelant « l'absolue nécessité de préserver le scrutin de toute interférence extérieure », ainsi que la peine applicable en cas de diffusion de tendances ou résultats avant 20 heures (75 000 euros). Ultime menace : un commando d'experts scrutera le Web à la recherche des fuites.
Et ces chasseurs ne se limiteront pas aux « rumeurs certifiées ». Dans leur ligne de mire, également, les inévitables tentatives d'intox qui risquent d'exercer, elles aussi, une « influence extérieure ».
L'institut TNS-Sofres, faisant allusion à Morandini, a d'ores et déjà mis en garde les électeurs « contre toute estimation diffusée sur Internet avant 20 heures », et plus particulièrement contre celles qui lui seraient attribuées. Ceux qui seraient tentés par la diffusion de fausse nouvelle électorale doivent le savoir : ils risquent 15 000 euros d'amende et un an de prison.
________________________________________________
