M. Chirac, Guy Drut et "les intérêts de la France"
LE MONDE | 27.05.06 | 12h53 • Mis à jour le 27.05.06 | 12h54
Très tendue, Claude Chirac ne quitte pas son père des yeux : elle sait que la question des journalistes sur l'amnistie de Guy Drut sera posée. Vendredi 26 mai à Santiago, lors de la conférence de presse du président français et de la présidente chilienne Michelle Bachelet, au Palais de la Moneda, le moment qu'elle redoute arrive. Jacques Chirac a lu et relu la petite fiche qu'il a sous les yeux. Il s'excuse auprès de Mme Bachelet d'avoir à répondre à une question intérieure - qui évoque, au sujet de la France, "une république bananière".
"Après un examen approfondi du dossier par les services de la chancellerie, le garde des sceaux m'a proposé d'amnistier Guy Drut", commence M. Chirac, crispé. "Je l'ai accepté en application de la loi (du 6 août 2002) qui le permet", explique-t-il. "On ne peut pas contester que ce ne soit pas le cas de Guy Drut", martèle M. Chirac. "Je l'ai fait pour garantir la position de la France au CIO (Comité international olympique)", ajoute-t-il, animé d'une colère contenue.
Meurtri par l'échec de la candidature de Paris, au bénéfice de Londres, aux JO de 2012, dans laquelle il s'était engagé en se rendant lui-même à Singapour, le président justifie encore sa décision : "J'estime qu'elle était absolument nécessaire pour défendre les intérêts de la France au sein du CIO." Alors que la France ne disposait plus que de deux sièges sur 114, le troisième étant laissé vacant par M. Drut en raison de sa condamnation judiciaire. "Priver la France d'un siège et d'une compétence absolument reconnue aurait été absolument irresponsable", ajoute M. Chirac.
La presse n'ayant droit qu'à deux questions par pays, personne n'aura l'occasion de lui demander s'il n'est pas trop tard. Et si le prix politique d'une telle décision, en pleine affaire Clearstream, n'est pas trop lourd à payer, pour lui-même et pour l'UMP. M. Chirac s'excuse une nouvelle fois devant Mme Bachelet, classe ses fiches d'un coup sec sur son pupitre. Claude Chirac, à l'époque très réticente à l'égard de l'engagement du président pour défendre la candidature de Paris, n'a pas bougé d'un cil.
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